Revue de presse

Aquaculture, des atouts pour l’Afrique
Des délégués de dix-neuf pays se sont retrouvés les 13 et 14 décembre 2019 à Agadir, au sud du Maroc, pour plancher sur le thème : ‘’Le développement durable de l’aquaculture dans le contexte des ODD des Nations Unies ’’
Concertation organisée par la Conférence Ministérielle sur la Coopération Halieutique entre les États Africains riverains de l’Atlantique (COMHAFAT), en collaboration avec l’Agence Nationale pour le Développent de l’Aquaculture du Maroc (ANDA). Les travaux se sont conclus par l’adoption de «l’appel d’Agadir», pour la création d’un réseau des institutions nationales en charge de la promotion de l’aquaculture dans les États membres de la COMHAFAT.
Le potentiel de l’aquaculture demeure sous-exploité, voire ignoré dans plusieurs pays africains. Pourtant, les experts prédisent qu’à l’horizon 2030, plus de 60% du poisson consommé dans le monde proviendra de l’élevage. Au-delà du seul poisson, l’aquaculture offre la possibilité d’élever divers produits comme les mollusques, les crustacés, les algues marines, les coquillages, etc. En Afrique, face à une consommation toujours croissante, à la cherté du poisson congelé et à la mauvaise qualité du poisson fumé, le poisson frais devient une alternative de qualité pour les populations, et une source de revenus pour les économies locales et nationales. La promotion et le développement de l’aquaculture en Afrique se justifient amplement. D’où la nécessité d’assurer la durabilité de cette activité (exploiter aujourd’hui sans compromettre demain), en mettant à son service les innovations scientifiques, des législations appropriées, une expertise de qualité, des moyens idoines voire mutualisés. «Il est impératif de se mettre tous ensemble pour réaliser quelque chose de concret sur le terrain, afin de faire de l’aquaculture un maillon essentiel du développement durable en Afrique», a recommandé Mme Majida Maarouf, Directrice Générale de l’ANDA, une institution disposée à mettre son expertise au service des États et structures qui en expriment le besoin. En écho à cet appel, le Secrétaire Exécutif de la COMHAFAT, M. Abdelouahed Benabbou, a exhorté les participants à une «vision commune pour une contribution efficace au développement d’une aquaculture saine, durable et performante». Ceci, à l’aune des Objectifs du développement durable (ODD) adoptés en 2015 par l’ONU, dont le 14ème est consacré aux océans et à la vie marine.
Situations contrastées
Viabilité, efficacité, durabilité : à l’aune de ce triptyque, la situation de l’aquaculture a été passée en revue dans divers pays de la zone COMHAFAT (qui en compte 22). Les situations demeurent très contrastées d’un pays à l’autre. Le Nigeria, le Ghana et le Maroc font figure de locomotive pour la promotion d’une aquaculture qui explore même déjà la «mariculture» (exploitation rationnalisée de toutes les ressources des mers). Le développement demeure embryonnaire par exemple en Gambie, Sierra Leone et Mauritanie. Tandis qu’au Bénin, la production a été multipliée par huit en dix ans pour atteindre 5.000 tonnes, grâce à la coopération japonaise. En Guinée voisine, l’on expérimente une aquaculture en synergie avec des activités connexes (agriculture, pêche, élevage, commerce, tourisme, artisanat). Dans un pays constitué d’un ensemble de petites îles comme Sao Tomé et Principe, la pêche, activité prépondérante, étant en recul comme ailleurs, l’aquaculture prend un réel essor tout en faisant face au défi de la gestion de l’eau, ressource fortement sollicitée par d’autres activités. Le Cameroun, quant à lui, expérimente l’aquaculture depuis 1948, avec une évolution en dents de scie parce que l’activité est tributaire de «projets» à cycle déterminé ; 24 stations aquacoles (sur 32) ont été privatisées, mais aucune ne fonctionne pour l’heure.
Besoin de synergies
Face à un tableau de situations aussi disparates, le besoin de mutualiser les connaissances et les moyens devient pressant. M. Adbenaji Laamrich, chargé de projets à la COMHAFAT, a démontré comment mettre la science au service de l’aquaculture, en tirant profit des TIC et en capitalisant les résultats de recherches pluridisciplinaires (génétique, physiologie, environnement, biologie, sciences sociales, droit, économie, etc.). Une démarche qui doit s’inscrire dans des «stratégies transversales», recommande M. Alloussi de l’ANDA, pour éviter «les risques de développement d’une aquaculture non planifiée» qui peut impacter négativement l’environnement, les végétaux, les animaux.
C’est à ce prix que l’on pourra parvenir à une «aquaculture sociale et solidaire», dont les ressorts ont été démontrés par M. Magatte Ba, Directeur Général de l’Agence Nationale de l’Aquaculture du Sénégal. Il faut, ainsi, concilier les activités économiques et l’équité sociale, regrouper les acteurs en organisations (coopératives, entreprises, associations), impliquer l’État (subventions, formation, exonérations), intégrer l’approche genre (rôles spécifiques et non discriminatoires pour hommes, femmes, jeunes).
Sans oublier le rôle central de la communication à toutes les étapes du processus ; ainsi, pour contribuer à démythifier et vulgariser l’aquaculture, mobiliser les acteurs nationaux et régionaux, les parties prenantes peuvent s’appuyer sur l’Observatoire des Médias pour une Pêche Durable en Afrique (OMPDA), un vaste réseau créé en 2016 à Accra au Ghana, avec des membres actifs dans plus de quarante pays du continent et dans la diaspora.
Autant de défis à relever, et donc de débats à poursuivre. Les participants se sont séparés en adoptant un «Appel d’Agadir», pour l’avènement d’un réseau regroupant toutes les institutions chargées de l’aquaculture dans la zone COMHAFAT. Ce vœu pourra se concrétiser lors d’une rencontre projetée au premier trimestre 2020 à Dakar au Sénégal.
Par André Naoussi (à Agadir)